Les « femmes qui aiment les femmes », groupe bien plus divers que ne le laissent entendre les compréhensions occidentales du genre et de l’homosexualité, font face à de nombreuses couches d’invisibilité et d’oppression, tant en dehors qu’à l’intérieur de la littérature. Cette étude vise à établir une analyse des reflets des oppressions et des invisibilisations produites par la colonialité du genre et du pouvoir dans la représentation des femmes qui aiment les femmes du corpus. Celui-ci est composé de trois romans francophones, contemporains et écrits par des femmes : Un ailleurs à soi, d’Emmelie Prophète ; Crépuscule du tourment, de Léonora Miano ; et Chuchote pas trop, de Frieda Ekotto. L’étude est menée dans une perspective décoloniale et intersectionnelle, en prenant en compte les enjeux raciaux, économiques, de genre et d’origine qui conditionnent l’invisibilité de ces femmes. Une analyse comparative des trois romans permet de constater que les femmes qui aiment les femmes sont constamment reléguées à la marge, et qu’elles y résistent pour pouvoir vivre leur identité et leur homosexualité. Leur prise de parole s’exprime par différentes voies et constitue également un moyen de rétablir leur humanité et de rompre le silence autour des sexualités non normatives.
The “women loving women”, a group far more diverse than Western understandings of gender and homosexuality suggest, face multiple layers of invisibility and oppression, both outside and within literature. This study aims to analyze how the oppressions and invisibilizations produced by the coloniality of gender and power are reflected in the representation of women loving women in the selected corpus. The corpus comprises three contemporary, francophone novels written by women: Un ailleurs à soi by Emmelie Prophète; Crépuscule du tourment by Léonora Miano; and Chuchote pas trop by Frieda Ekotto. The study is conducted from a decolonial and intersectional perspective, considering the racial, economic, gendered, and origin-related issues that shape the invisibility of these women. A comparative analysis of the three novels reveals that women loving women are consistently relegated to the margins, where they can resist the oppressions in order to live out their identity and sexuality. The speech they claim takes various forms and serves to restore their humanity and break the silence surrounding non-normative sexualities.